Et à l’heure de votre mort, de Jacques CÔTÉ

Et à l’heure de votre mort, de Jacques CÔTÉ

Montréal, 1894.

  Dominée par la bourgeoisie anglophone qui la surplombe depuis Westmount, la population francophone de la métropole québécoise vit modestement dans les quartiers plus pauvres de la ville.
Tandis que leurs confrères se tirent régulièrement dans les pattes, s’accusant mutuellement de ne pas soigner leurs patients ou de les tuer à petit feu, deux médecins issus de ces deux groupes irréconciliables se sont alliés contre l’ignorance et la bêtise. Les docteurs Georges Villeneuve et Wyatt Johnston, tous deux affectés à la morgue de Montréal, partagent une solide amitié et l’envie de faire bouger l’ordre établi.
  L’un de leurs chevaux de bataille est de moderniser la morgue, dont les locaux sont d’une saleté qui fait reculer d’horreur les plus courageux des visiteurs, entre les rats qui courent entre les cadavres pour se nourrir, les asticots qui recouvrent le plancher, et l’odeur immonde dans laquelle baigne le tout.
Également mobilisé par l’enseignement de la médecine à l’Université, ainsi que par le poste d’assistant-surintendant à l’asile Saint-Jean-de-Dieu, Georges Villeneuve n’a que très peu de temps à consacrer à sa vie personnelle. De l’avis de certaines langues agiles de la communauté francophone, il s’agit pourtant de l’un des plus beaux partis de la ville.
  Mais en ces jours sombres de l’automne 1894 qui s’avance, des jeunes femmes meurent à Montréal, victimes d’un « opérateur » criminel, un faiseur d’anges qui les tue en les avortant, le plus souvent dans des endroits plus sordides que la morgue elle-même.
  Menacés par le pouvoir en place, méprisés par les membres du clergé qui considèrent leur travail avec la plus haute suspicion, Georges et Wyatt bénéficient heureusement de l’appui de quelques policiers.
Entre les morts qui s’accumulent sur le chemin fou de l’opérateur et la pression que les journalistes donnent à l’affaire, les deux hommes vont devoir livrer l’un des combats les plus ardus de leurs carrières…

  Autant vous le dire tout de suite, j’ai immédiatement plongé dans ce roman dès les premières pages. Les fiacres, l’odeur nauséabonde flottant sur la ville, le cornet du téléphone, l’ambiance à la Jack L’Éventreur, tout est là pour vous faire monter avec délice dans la Machine à remonter le temps.
Lorsque, après plus de 500 pages d’intrigue tirée au cordeau, vous sortez de la cabine magique mise en place par Jacques Côté, vous ne pouvez reposer ce livre sans un pincement de regret.Un très très bon moment passé dans un siècle évanoui, que l’auteur a su ressusciter avec brio en le rendant parfaitement crédible. La documentation particulièrement pointue qui donne à ce roman son incroyable réalisme est tellement intégrée à l’histoire qu’elle en est fascinante.
  Bref, vous l’aurez compris, c’est un immense coup de cœur pour ce polar et cet auteur québécois qui méritent d’être connus chez nous !
Pour info, Jacques Côté a remporté en 2009, avec “Le chemin des Brumes”, le très convoité prix Arthur-Ellis récompensant le meilleur roman policier canadien, ainsi que le prix de la ville de Québec attribué lors du salon international du livre.

  N’hésitez pas une seconde, Jacques Côté mérite de figurer parmi les plus grands dans toute les bibliothèques d’amateurs de romans noirs! Dans cette nouvelle édition publiée par Babel Noir, les Français vont pouvoir se faire plaisir, et c’est une excellente nouvelle!

(Chronique déjà publiée en 2014 sur mon précédent blog à propos de l’édition québécoise de ce superbe roman…)

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